Portraits

Pierre Leretz
Vice-Président Moyen-Orient
Elsag Bailey Process Automation
Juillet 1998
 
Fusions et acquisitions ont amené Pierre Leretz à prendre la responsabilité des marchés du Moyen Orient chez Elsag Bailey Process Automation, ce Groupe italien de 12 000 personnes dans le monde, leader sur le marché des Systèmes de Contrôle industriels avec un chiffre d'affaires de 10 Milliards de Francs Français.

 

Comment avez-vous été amené à travailler à
Abu Dhabi pour le Groupe Elsag Bailey ?

Les fusions et acquisitions sont choses courantes de nos jours et il faut y voir des opportunités. C'est ainsi qu'un an après avoir rejoint Schlumberger, Division Control industriel, en 1990, la maison mère décidait de se séparer de cette activité non stratégique. Le groupe italien Elsag Bailey Process Automation s'est porté acquéreur et m'a demandé de m'occuper du Moyen Orient pour le Groupe étant donné mes compétences dans le développement international acquis précédemment. Mes recommandations d'une stratégie de pénétration de pays cibles pour leur fort potentiel ont été déterminantes dans le choix d'Elsag Bailey. Au centre de cette stratégie figurait l'implantation d'un siège au Moyen-Orient basé à Abu Dhabi.

 

Quelle fonction occupez-vous et en quoi consiste votre travail ?
En fait j'ai deux fonctions. L'une opérationnelle, l'autre que l'on appelle Corporate. Etant Directeur Général d'Elsag Bailey Abu Dhabi, j'ai une PME à gérer, avec une trentaine de personnes : un vrai Centre de profit. Le chiffre d'affaires est généré uniquement par des activités techniques de projets : Engineering, maintenance, formation du client. En tant que Vice-Président du Groupe pour le Moyen-Orient, je définis la stratégie du groupe sur ce marché (nouvelles implantations, alliances potentielles avec des clients, etc) et j'en définis les budgets. De même, je siège au Conseil d'administration de nos trois autres filiales implantées en Arabie Saoudite, Qatar et Jordanie. Je suis rattaché directement au Numéro 2 du Groupe, au siège en Italie.

 

Comment s'est déroulée votre intégration? Qu'est-ce qui vous a le plus étonné?
Dans les différents voyages d'études effectués, la participation active des Français à Abu Dhabi, au travers des sociétés Françaises représentées, m'avait très fortement impressionné. La synergie entre toutes ces personnes avait aussi été un point très apprécié. Socialement parlant, il régne une ambiance amicale qui favorise l'intégration des nouveaux venus.
Tous ces points ont permis de faciliter une décision d'expatriation avec la famille. La communauté française est très bien organisée à Abu Dhabi.
En ce qui concerne l'intégration professionnelle, c'était d'autant plus simple qu'il a fallu tout mettre en place dès mon arrivée en 1993; il n'y avait qu'une personne du Groupe sur place.

 

Comment se déroulent les relations de travail et les négociations commerciales aux E.A.U. ?
Il faut d'abord noter que les relations sont entretenues en majorité avec d'autres expatriés. La part de nationaux émiriens impliqués dans le travail de tous les jours est de 30 %. Cela signifie que la règle d'or est l'ADAPTATION à cet environnement multiculturel. L'aspect négociation commerciale est en général marqué par l'ambiance orientale. C'est-à-dire qu'il faut beaucoup de tact et de souplesse. Cela n'empêche pas les négociations d'être très serrées, et le mythe des marchés en or a disparu depuis longtemps. Il faut beaucoup d'imagination pour maintenir des marges bénéficiaires acceptables. On y arrive quand même!

 

Quelles sont les grandes différences culturelles entre les Français et les Emiriens ?
Les Emiriens sont extrêmement courtois et ont une conception du temps toute autre que les Français. De même, ils ont une conception du compromis quil est parfois difficile pour les Français de comprendre.

 

Quels conseils donneriez-vous a une entreprise française qui voudrait envoyer un expatrie aux E.A.U. ? 
La flexibilité dans les négociations, la capacité à s'adapter aux différences culturelles citées plus haut et la capacité à travailler de longues heures, 6 jours sur 7 (le week end ne comprend que le Jeudi après midi et le Vendredi, mais plus souvent seulement le Vendredi) sont des points très importants. De même, il faut savoir entretenir des relations à différents niveaux; du technicien dans l'usine au Ministre émirien, s'il le faut.

 

Pouvez-vous m’énumérer, dans ses grandes lignes, votre package d'expatrié ?
Contrat de détachement de trois ans.

Protection sociale par une police d'assurance privée. Maintien de l'assurance vieillesse et chômage en France par Elsag Bailey France.

  • Salaire : +30% du salaire de base.
  • Logement et voiture : payés par l'employeur
  • Congés annuels : 2 aller-retours par avion en classe Affaires pour la famille par an
  • Fiscalité : imposition locale à la charge de l'employé. Il se trouve qu'aux E.A.U. il n'y a pas d'impôts sur le revenu.

 

Comment envisagez-vous votre avenir professionnel ?
Comme je vous le décrivais en introduction, nous nous trouvons dans un contexte de fusions et acquisitions comme jamais auparavant. Il ne nous est plus permis d'espérer des plans de carrière à long terme. Je pense qu'il y a toujours de la place pour des éléments de valeur et que des positions d'expatriés avec responsabilités, où l'on démontre des capacités d'autonomie, forment le meilleur capital de chacun. De même, il faut absolument penser à "l'international" : cela veut dire, ne pas se limiter à des sociétés françaises pour des opportunités.

 

Pouvez-vous me décrire votre cadre de vie (maison, quartier, commerces) ?
Abu Dhabi est un émirat dont la superficie est de 67 340 Km2. Toutefois la ville elle, se traverse d'un bout à l'autre en 30 minutes. Tout le monde habite près du centre ville. Il y a toutefois des quartiers plus ou moins européens. Nous habitons dans un quartier plutôt oriental. Nous habitons une grande maison qui nous permet de recevoir la famille qui nous rend visite au moins une fois par an.

 

Portrait d'une de vos journées type à Abu Dhabi ?
Sur le plan professionnel, la journée commence à 8 heures du matin avec une visite des clients principaux qui se trouvent tous sur la corniche (route longeant la côte). Il faut à peu près la matinée pour les visiter tous. Il est important de les visiter le matin car les clients pétroliers débutent la journée à 7 heures du matin et finissent la journée à 15 heures. Ensuite, il y a la coupure de midi entre 14 heures et 16 heures qu'il est de bon ton de respecter partout au Moyen-Orient. Mais la journée continue ensuite jusqu'à 19 h30 pour les activités administratives et de coordination avec les autres sociétés du groupe (les Etats Unis commencent leur journée lorsqu'il est 17 heures à Abu Dhabi).

Sur le plan privé, il y a beaucoup de dîners le soir entre Français et le Vendredi on se retrouve souvent à la plage.

 

Comment s'est déroulé l'intégration de votre famille ?
Ma femme n'a rencontré aucune difficulté d'intégration pour les raisons expliquées plus haut. N'ayant pas d'enfants, il ne m'est pas aisé d'en parler, mais il me semble que, là encore, il n'y a pas de problèmes. Il y a une école française qui permet une scolarité jusqu'au baccalauréat.
Pour faire ses courses, il n'y a pas plus de problèmes car on trouve à peu près tout ce dont on a besoin.

 

Comment faut-il se comporter en société avec les habitants des E.A.U. ?
Encore une fois, les relations avec les Émiriens sont tout de même limitées. D'abord parce que seulement 30 % des habitants du pays sont des nationaux, ensuite parce que leur conception de vie est très différente. La vie sociale des Émiriens est très centrée sur la famille.

 

Quels sont vos loisirs et ceux de votre famille ?
La mer et le désert représentent la majorité des loisirs. L'association "L'Union des Français de l'Etranger" organise de nombreuses manifestations tout au long de l'année, du type rallye, bal, tombola et autres, ce qui permet de varier les occupations. Malheureusement, le climat (chaud et humide une grande partie de l'année) ne permet pas d'avoir beaucoup d'activités à l'extérieur de la ville.